BLAISE DIAGNE : L'HOMME ET L'OEUVRE (1872-1934)
Premier député noir à l'assemblée nationale française
Je suis noir, ma femme est blanche, mes enfants sont métis, quelle meilleure garantie de mon intérêt à représenter toute la population ?
Blaise Diagne
Le Chef de l'Etat, a décidé que le nouvel aéroport international en construction à Diass, s'appellera Blaise Diagne, en hommage au premier député noir africain, et ex maire de Dakar. Un rapide survol de la vie et de l'oeuvre de cet homme illustre montre qu'une telle initiative n'est pas usurpée : elle est tout à fait méritée.
1. Enfance - études
Blaise Adolphe Diagne est né le 13 octobre à Gorée. Fils de Niokhor, qui était cuisinier et marin, et de Gnagna Preira, originaire de Guinée-Bissau. "Je suis le fils d'un cuisinier nègre et d'une pileuse de mil" lancera - t - il, lors de sa campagne électorale de 1914. Blaise Diagne est très tôt adopté par une famille respectée de métis originaires de Gorée et de St Louis. Il s'agit de la famille Crespin dont Adolphe, son parrain, est le patriarche des mulâtres. Il apprend très tôt à lire et à écrire à l'Ecole des Frères de Ploërmel de Gorée où son père adoptif, Adolphe Crespin l'inscrivit. Il fréquentera après l'école laïque de St Louis.
Boursier du gouvernement, le jeune Diagne va poursuivre ses études en France, à Aix-en-Provence. Il s'y adapte mal et revient au Sénégal, à Saint-Louis en 1891, pour poursuivre et terminer ses études à l'école secondaire des frères de Ploërmel, et en janvier 1892, il est reçu au concours des douanes coloniales. Ce qui, en soi, est un exploit : les places réservées aux Noirs étant très réduites.
II. Le fonctionnaire
Douanier, il sert successivement au Dahomey(actuel Bénin), au Congo, à La Réunion de 1898 à 1902, puis il est affecté à Madagascar de 1902 à 1909 (où il s'oppose avec fermeté à l'Administration coloniale pour la reconnaissance de ses droits, ce qui lui vaut un blâme de la part de Gallieni).
III. L'homme privé
Blaise Diagne épouse en 1909, à l'âge 37 ans, une femme métropolitaine originaire de l'orléanais, Odette Villain qui lui donnera 4 enfants dont trois garçons : Adolphe qui a fait sa carrière dans l'armée française où il deviendra médecin, Raoul, footballeur professionnel au Racing Club de Paris jusqu'en 1932 et Rolland, fonctionnaire dans les chemins de fer, le seul à avoir suivi les traces de son père en embrassant une carrière politique et en participant à la formation du Rassemblement démocratique africain (Rda) et enfin Odette, une fille, qui mourut à l'âge de 9 ans. C'est après son mariage qu'il est nommé en Guyane, sa dernière affectation avant le grand saut dans la politique. Son petit-fils et homonyme est le maire de Lourmarin dans le Vaucluse, depuis 2001.
IV. L'homme politique
Absent du Sénégal pendant une bonne décennie, Blaise Diagne est élu député le 10 mai 1914, avec 2 424 voix, devant Heimburger (2 249) et Carpot qui arrive seulement troisième avec 472. Blaise Diagne met ainsi fin au règne sans partage des Français et des mulâtres qui ont occupé ce poste sans désemparer depuis 1871. Ce faisant il réalise ainsi la première alternance politique au Sénégal en devenant le premier député noir au Palais Bourbon. Blaise Diagne doit son élection au soutien sans faille des mourides (dont Cheikh Ahmadou Bamba et son frère Cheikh Anta Mbacké), de l'association "Les Jeunes sénégalais" conduite par Lamine Guèye et des lébous dirigés par Assane Ndoye.
Candidat du petit peuple, réformateur et socialiste - il s'inscrira à la SFIO. Son élection sera donc un triomphe, la métropole est surprise et exige des explications au gouverneur William Ponty. On a appelé à l'époque l'élection de Blaise Diagne "la révolution du 10 mai". Ngalandou Diouf et l'étudiant Lamine Guèye furent parmi ses compagnons de la première heure.
Il sera constamment réélu de 1914 à 1934 et appartiendra aux cabinets de Clemenceau et de Laval. Il devient maire de Dakar et le reste de 1924 à 1934. Assimilationniste, partisan de l'égalité du traitement, il dénoncera (29 juin 1917) "le véritable massacre" des recrues indigènes de la Grande Guerre. Il se jette de toutes ses forces dans la défense de la communauté Lébou dont les terrains ont été réquisitionnés par l'administration militaire pour construire l'actuel aéroport de Yoff ; communauté qui grâce à son combat va être correctement indemnisée. Il défendra avec vigueur, à la Chambre, les intérêts des 4 communes au grand dam de l'administration coloniale et des milieux d'affaires. Il proposera, dans une vision fulgurante et historiquement féconde, une représentation parlementaire de l'ensemble "des indigènes non citoyens", bien qu'il défendît presque, à force d'édulcoration le travail forcé à la Conférence du Bureau international du travail à Genève en 1930.
Mais c'est pendant la grande guerre que s'accomplira l'essentiel de l'oeuvre de Blaise Diagne. C'est ainsi qu'il est nommé par le président du conseil, Georges Clemenceau, le 16 janvier 1918, commissaire de la République pour l'Ouest africain puis, le 11 octobre, commissaire général aux troupes coloniales, fonctions qu'il conservera jusqu'en 1921, dans les cabinets Millerand, Leygues et Briand. Sa mission : chercher des renforts pour les tranchées du Nord de la France en recourant aux tirailleurs sénégalais, contre l'avis du gouverneur Van Vollenhoven. Blaise Diagne réussit à lever une armée de tirailleurs de plus de 180.000 hommes, tout en demandant un traitement équitable des minorités ethniques au sein de l'armée française. Au faîte de sa gloire, il est considéré en France, notamment par le Parlement, comme la voix de l'Afrique. Néanmoins Blaise réclame une contrepartie : échanger "l'impôt du sang" contre l'octroi "aux plus évolués de la population africaine" de la citoyenneté française. Ce qui fut fait en mars 1916 par une loi par laquelle les natifs de quatre communes, Saint-Louis, Gorée, Rufisque, Dakar cessent d'être des sujets pour devenir des citoyens à part entière sur qui pèse par voie de conséquence le service militaire obligatoire. Pour eux, "l'égalité est reconnue à travers le sacrifice des soldats de la force noire".
Sous-secrétaire d'Etat aux colonies en 1931, il devient ainsi un des hommes politiques les plus importants de son temps et exerça plus d'influence que n'importe quel autre africain francophone de son époque.
Il meurt le 11 mai 1934 à Combo les Bains, dans les Pyrénées et Ngalandou Diouf lui succède à la députation du Sénégal.
V. D'une alternance à une autre
Que le nouvel aéroport international portât le nom de Blaise Diagne est donc logique et mérité. Aucun Africain n'a eu le prestige de Blaise Diagne quand il était aux affaires. Adepte des lumières, grand voyageur devant l'éternel, défenseur des lébous durant la construction de l'aéroport de Yoff, premier député noir, il n'est ni usurpé ni indigne que le nouvel aéroport soit baptisé du nom de cet illustre fils du Sénégal et de l'Afrique. Il est significatif et hautement symbolique que celui qui a permis la première alternance post-indépendance - Le Président Abdoulaye Wade - ait choisi celui qui est à l'origine de la première alternance coloniale Blaise Diagne pour le nom du nouvel aéroport.
VI. Brève chronologie
- 13 octobre 1872 : naissance de Blaise Diagne à Gorée
- 1890 : major de sa promotion à Saint-louis, puis bref séjour à Aix en Provence
- 1891 : reçu au concours des douanes
- Janvier 1892 : début carrière de fonctionnaire des douanes 4
- 1892 : fonctionnaire au Dahomey
- 1897 : fonctionnaire au Congo
- 1898 : fonctionnaire à la Réunion
- 1902 - 1909 : fonctionnaire à Madagascar
- 1909 : muté à la Guyane
- 1913 : retour au Sénégal
- 10 mai 1914 : élu premier député noir
- 1917: adhésion à la SFIO
- 16 janvier 1918 : commissaire de la république pour l'Ouest africain
- 4 février 1919 : l'appui du député sénégalais Blaise Diagne à Du Bois qui organise le premier Congrès panafricain à Paris
- 11 octobre 1918 : commissaire général aux troupes coloniales
- 1919 : membre permanent des loges d'outremer
- 1917 - 1922 : commissaire général aux troupes noires
- 1920 - 1934 : maire de Dakar
- Juin 1930 : défend à Genève le travail forcé
- 1931 à 1932 : sous-secrétaire d'Etat aux colonies
- 1932 : réélection au poste de député
- 11 mai 1934 : décès à Combo les bains
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